EVENEMENTS

 

SESSION ANNUELLE 2013:

« LES DÉFIS DE L’ENVIRONNEMENT DE LA RÉCONCILIATION, DE LA JUSTICE ET DE LA PAIX EN AFRIQUE À LA LUMIÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SOCIAL DE L’EGLISE »,

DU 03 AU 14 JUIN 2013.

Mot ouverture du Directeur Général de l’IPCM

 

Nous avons l’honneur d’accueillir pour la première fois, depuis la création de l’Institut Panafricain Cardinal Martino pour l’Enseignement social de l’Eglise (IPCM) les présidents ou représentants de l’ensemble des Commissions diocésaines Justice et paix de notre pays. Nous leur souhaitons la bienvenue à Kinshasa et un fructueux partage d’expériences.

 

Ce séminaire, organisé par l’IPCM en partenariat avec la Commission Episcopale Justice et paix (CEJP), la Commission Episcopale sur les Ressources Naturelles (CERN), la Commission Episcopale pour l’Apostolat des Laïcs et le Centre Pour l’Action Sociale (CEPAS), s’adresse aux personnes engagées dans la pastorale sociale de l’Eglise ou dans des processus de transformation de la vie des communautés à la base ; des personnes qui, confrontées aux défis majeurs de la société, sont à la recherche des outils d’analyse, de discernement et d’actions basés sur des valeurs évangéliques et éthiques pour contribuer à l’édification d’un monde meilleur, à partir du riche patrimoine d’expériences et de réflexions que constitue l’Enseignement social de l’Eglise. Nous saisissons cette occasion pour remercier tous nos partenaires et les organismes qui les soutiennent pour leur participation active à ce séminaire, en particulier Misereor.

 

Le thème retenu pour cette session annuelle consacrée à la République Démocratique du Congo est le suivant : « Les défis de l’environnement, de la justice, de la paix et de la réconciliation en Afrique à la lumière de l’Enseignement social de l’Eglise ».

 

Durant 10 jours de formation et d’échanges d’expériences, nous ferons un parcours marqué par trois moments forts, à savoir le développement des outils de vulgarisation de l’enseignement social de l’Eglise, les défis de l’environnement, ainsi que  de la Justice, de  la paix et de  la réconciliation à la lumière de l’Enseignement social de l’Eglise.

 

Le premier moment, animé par la CEJP et la CEAL, nous permettra de développer ensemble les clés de lecture de « Ecclesia in Africa et Africae munus », les deux grandes exhortations apostoliques sur l’Afrique. Vu le temps qui nous est imparti, laissez-nous dire un mot sur la dernière exhortation apostolique que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI nous a légué en novembre 2011, à l’issue de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques autour du thème : « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, la justice et la paix ».

 

Africae munus porte un regard exemplaire sur l’Afrique. C’est un regard positif qui reconnaît la maturité du continent (AM, n. 4) et le considère comme une terre de promesses (AM, n. 5) malgré les cicatrices du passé (AM, n. 9). L’Afrique est aussi un continent d’espérance à cause de son patrimoine intellectuel, culturel et religieux (AM, n. 9,11&13). Ceci est à préserver, à explorer et à faire connaître. C’est un continent avec une immense richesse (AM, n. 24&79) qui est à exploiter pour le bien de tous.

L’Afrique vit et chemine (AM, n. 1), regarde vers l’avenir (AM, n. 11), et est en train de relever ses défis et d’avancer (AM, n. 15). Le respect des personnes âgées et la place qui leur est accordée sont des qualités à imiter ailleurs (AM, n. 47-50). La jeunesse fait partie de sa richesse (AM, n. 60).

À cause de tout cela, l’Afrique possède en elle-même des « chemins d’espérance » et, à travers le dialogue religieux, social, politique et économique, un renouveau spirituel profond sera possible (AM, n. 11). Au départ, l’Afrique est présentée comme « un poumon spirituel » (AM, n. 13) et cette image est reprise à la fin de l’Exhortation apostolique (AM, n. 177).

 

La mission de l’Eglise-Famille en Afrique, mission de  réconciliation par la justice et la paix est une mission prophétique. L’Église

  • annonce le projet de Dieu pour la société africaine (la vision de Dieu sur l’Afrique);
  • dénonce les contre-valeurs (AM, n. 21) (les antivaleurs, les maux qui gangrènent notre continent) ;
  • s’engage au nom de Dieu aux côtés du peuple : Le prophète encourage le peuple (1 Cor 14, 3).

Cet appel à l’Église-Famille de Dieu en Afrique, à assumer pleinement sa vocation prophétique, est présent depuis les débuts de l’Église en Afrique et a été réitéré plusieurs fois ces dernières années. Mais elle doit être consciente que son rôle public n’est pas politique, sans s’évader cependant dans le spirituel et se replier sur elle-même (AM, n. 23). L’Église doit former les consciences (AM, n. 22) selon sa doctrine sociale (AM, n. 22) et dans les domaines de la Justice, la Paix, de la réconciliation et l’Intégrité de la Création (AM, n. 23) pour qu’on se rende compte que l’amour de la justice et la justice de l’amour vont de pair (AM, n. 25). Comme dit le psalmiste, amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.

 

Comme on nous le rappelle souvent, l’action parle plus fort que les paroles. Le sous-thème de la deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques sur l’Afrique, qui sert de fil rouge pour l’Exhortation apostolique « Africae munus »est justement l’invitation de Jésus à ses disciples à être le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5,13-14). Nous sommes invités à être des témoins en vivant selon les valeurs de l’évangile même quand, comme nous le disent les Béatitudes, elles vont à l’encontre d’autres valeurs plus populaires (AM, n. 26&27). C’est ce que nous vivons qui donnera crédibilité à notre voix prophétique auprès des structures socio-politiques et qui nous permettra d’interpeller et de proposer des changements dans la société.

 

Africae munus invite l’Eglise-Famille de Dieu en Afrique à prendre la formation initiale et permanente au sérieux, une formation holistique : théologique, spirituelle, psychologique, humaine, pastorale, sociale, enracinée dans les valeurs évangéliques (AM, n. 121&123). Au centre de cette formation se trouve la relation personnelle avec le Christ, celui qui nous réconcilie avec le Père par sa mort et sa résurrection, nous réconcilie avec nous-mêmes et les autres et fait de nous des ambassadeurs et ambassadrices.

 

Parmi les composantes de la formation permanente, Africae munus attire l’attention sur deux d’entre elles : Les Saintes Écritures (la Parole de Dieu) (AM, n. 16), et l’enseignement social de l’Église (AM, n. 32). Nous sommes réunis ici dans le cadre de la seconde composante.

 

Il est à noter que, quand le Pape parle des membres de l’Eglise (AM, n. 99-131), aucun groupe n’est épargné dans la fréquentation de la Parole de Dieu comme Parole de vie et son engagement. L’enseignement social de l’Eglise est recommandé :

  • pour les femmes (AM, n. 59),
  • pour les jeunes (AM, n. 63),
  • pour les prêtres (AM, n. 109) ;
  • pour les laïcs (AM, n. 128) ;
  • pour l’éducation (AM, n. 134.137).

Il constitue l’outil indispensable pour éduquer les consciences et pour l’engagement socio-politique (AM, n. 22) en vue d’œuvrer pour le bien commun (AM, n. 103);

  • au service de la vérité qui libère (AM, n. 24) ;
  • et une source incontournable pour vivre la réconciliation, la justice et la paix (AM, n. 95).

 

Cette insistance sur la Parole de Dieu et sur la doctrine sociale de l’Eglise justifie les Commissions (diocésaines et nationales) de Justice et Paix (et intégrité de la Création) pour mieux répondre à quelque chose qui est reconnu comme élément constitutif de l’Évangélisation – la Justice et la Paix.

 

Dans ce sens, nous pouvons dire que l’Institut Panafricain Cardinal Martino est appelé à nous appuyer fortement dans nos divers charismes pour que nous continuions à essayer d’éduquer toute la personne (AM, n. 22&74), afin que l’Église demeure un artisan de paix, un agent de la réconciliation et un héraut de la justice (AM, n. 23).

Le deuxième moment fort, animé par la CERN, est axé sur les enjeux et les défis écologiques en Afrique en général et dans notre pays en particulier à la lumière de l’Enseignement social de l’Eglise. La CERN nous propose un parcours très intéressant : Environnement et doctrine sociale de l’Eglise, Défis actuels de l’Environnement au Congo, en Afrique et dans le monde, les intérêts convergents et divergents, les normes nationales et internationales, le regard sur notre culture en matière d’utilisation de la terre et de la nature, les défis environnementaux en rapport avec le développement et la paix, les comportements des parties prenantes dans leur agir actuel, ainsi que la planification des actions à mener au niveau de l’Eglise locale, de la CENCO, du pays, de la région et du continent.

Le troisième moment fort qui sera principalement animé par le Professeur Daniel Philpott de Kroc Institute for international Peacebuilding(USA) est une bonne occasion pour nous de célébrer le 50ème anniversaire de l’Encyclique du Pape Jean XXIII « Pacem in terris ». Il nous invite à découvrir les principes de la réconciliation politique suivant l’approche catholique de la construction de la paix telle qu’elle se dégage de la pensée sociale de l’Eglise, et plus largement, en montrant comment ces principes sont enracinés dans la théologie catholique et peuvent servir à relever l’ordre politique, surtout dans le contexte de la violence à grande échelle. Les participants seront encouragés à appliquer ces principes à la situation politique de la République Démocratique du Congo à travers plusieurs facettes, à savoir : Les défis de la construction de la paix en Afrique (de l’analyse à la transformation des conflits), l’actualité de « Pacem in terris » en Afrique, la communication non-violente, la nécessité d’une vision morale, les blessures des injustices politiques, l’approche biblique et catholique de la justice dans l’ordre politique, l’aveu comme reconnaissance des torts et l’importance de la vérité, la place de la recevabilité dans le processus de réconciliation, le rôle de l’Eglise dans la promotion de la réconciliation dans l’ordre politique, parcours qui se clôturera par une prière de réconciliation.

Pour terminer, permettez-moi de revenir aux objectifs de l’IPCM.

L’Institut Panafricain Cardinal Martino pour l’enseignement social de l’Eglise (IPCM) est né à l’initiative du Conseil Pontifical Justice et Paix, à l’issue de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques autour du thème « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, la justice et la paix ».

La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) a accepté d’abriter pour l’Afrique cette institution de formation des formateurs en Enseignement social de l’Eglise. Erigé par le décret n° CENCO/PR/NDL/03/12/0000148/2009/H-4° du 03 décembre 2009, l’IPCM fonctionne sous le Haut Patronage du Conseil Pontifical Justice et Paix et l’autorité de la CENCO.

L’IPCM se veut une réponse au contexte marqué par les conflits armés, la violation des droits de la personne humaine, le pillage des ressources naturelles, la mauvaise gouvernance, le non-respect de la dignité de la femme. Il est appelé à être un haut lieu de formation des acteurs pour la promotion de la justice, de la paix et de la réconciliation en Afrique basée sur la doctrine sociale de l’Eglise que le Pape Benoît XVI définit, à juste titre, dans Caritas in veritate comme « l’annonce de la vérité dans l’amour du Christ dans la société ».

Le siège de l’IPCM sera construit sur le site de l’Université Catholique du Congo (UCC) a Mont-Ngafula, dans la ville de Kinshasa en République Démocratique du Congo. Placé sous la tutelle académique de l’UCC, il jouit d’une autonomie de gestion.

L’Ipcm :

  • est une institution universitaire et de formation permanente qui entend contribuer à la sauvegarde et au développement de la dignité humaine à travers les recherches et la vulgarisation de l’enseignement social de l’Eglise ;
  • a une vocation panafricaine tout en restant ouvert à d’autres continents. Ses enseignements seront dispensés en trois langues, à savoir le français, l’anglais et le portugais ;
  • est un espace de préparation d’un leadership responsable de la société africaine et de formation des consciences au service du bien commun, capable de pénétrer de la lumière évangélique tous les domaines de l’existence sociale africaine ;
  • assure une formation de niveau supérieur sur la doctrine sociale fondée sur l’Ecriture Sainte, la Tradition, le Magistère et ayant comme fondement la dignité de la personne humaine avec ses droits universels, inviolables et inaliénables ;
  • promeut le dialogue des cultures et des religions par une approche interdisciplinaire ;
  • introduit à l’analyse et à l’étude des problèmes majeurs de l’Afrique ayant une relation étroite avec l’éthique en sciences sociales, humaines, économiques et politiques ;
  • forme à la culture de la paix et de la réconciliation qui s’enracine dans la Bonne Nouvelle et puise dans les cultures et valeurs africaines pour une meilleure gestion et transformation des conflits.
  • accompagne les églises locales d’Afrique dans leur engagement pour le développement intégral et la sauvegarde de la création.
  • promeut par des échanges d’expériences, des regards croisés sur les réalités africaines et ecclésiales.

L’IPCM vous souhaite un agréable séjour à Kinshasa.

Au nom de Son Excellence Mgr Fridolin AMBONGO BESUNGU, Evêque de Bokungu-Ikela, Président de la Commission Episcopale Justice et Paix et Président du Conseil d’Administration de l’Université Catholique du Congo, qui n’ a pas pu se libérer pour être avec nous car il préside à ce moment même le Conseil d’Administration de l’UCC, je déclare ouverte la session annuelle 2013 de formation permanente organisée  par l’IPCM sur le thème : « Les défis de l’environnement, de la réconciliation, de la justice et de la paix en Afrique à la lumière de l’Enseignement Social de l’Eglise ».

Que Dieu bénisse vos efforts et vos projets !

 

Ainsi fait à Kinshasa le 04 juin 2013.

Abbé Apollinaire MUHOLONGU MALUMALU

 

Directeur Général de l’IPCM.